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Le blogue de Georges Bleuhay le poète de Méry-sur-Ourthe

Il y a vingt ans: L'avocat Christian Bouvier était poursuivi pour " offense à la personne royale "

3 Janvier 2010 , Rédigé par René G. Thirion Publié dans #Wallonie-France

Une de nos amies nous rappelle cette histoire lamentable, encore récente, en nous adressant ces quelques  mots et une copie d'article paru dans le Nouvel Observateur. Nous devons la remercier pour ce rappel d'une histoire pas très exemplaire de la justice belge.

 

Voici l'hommage simple à un homme qui est mort plusieurs fois...au moins, trois fois; la première fois, parce qu'on l'a radié de l'ordre des avocats, la seconde parce que son corps est décédé, la troisième parce qu'on ne trouve quasi plus trace de lui alors qu'il fut mécène, républicain rebelle, francophile éperdu et surtout libre dans sa tête... sans doute surtout PARCE QUE il était libre dans sa tête. Qu'il sache que des personnes pensent encore à lui et respectent ce qu'il a osé faire.


Belgique : le bouffon du roi - "Monsieur, votre règne touche à sa fin"
En réclamant l'abdication de Baudouin Ier, un homme de robe iconoclaste sème la zizanie en plat pays.

C’est l'histoire d'un roturier d'origine wallonne qui s'est mis dans la tête de
renverser' la famille royale de Belgique.

 

Comme là-bas on le prend au sérieux, on le traite de fou. Et comme l'histoire est drôle, elle ne fait rire personne. Le lundi 26 décembre l'aube, Christian Bouvier, 45 ans, choisit sa plus belle plume pour écrire à son souverain.

 

Cet avocat namurois, fils d'une Normande et d'un gros fermier des plaines de la Hesbaye, a le cœur gros. Il vient de passer la nuit de Noël avec son épouse et ses quatre grands fils devant les images de la révolution roumaine retransmises en direct par la chaîne VTM. A 20 heures, c'est la traditionnelle allocution de S.M. Baudouin 1er, Albert, Charles, Léopold, Axel, Marie, Gustave de Belgique.

 

Et là, le sang de Christian Bouvier ne fait qu'un tour. Le discours axé sur le thème de l'enfance ne contient pas un mot de réconfort pour les insurgés de Bucarest.

L'avocat a vraiment trop honte de son roi. Ce républicain forcené n'en est pas, lui, à compter ses mots, encore moins à une lettre près. En 1986, il avait déjà osé demander Baudouin... d'abdiquer.

 

Cette fois, il lui écrit: " Monsieur, Votre règne touche à sa fin. Le temps où vous vous promeniez avec le "génie des Carpates" est révolu... Cracher sur le Conducator ne relève pas de l'impertinence, c'est un devoir. »

 

A trop chercher des crosses aux puissants on les trouve. En l'espace de quelque jours, un ciel noyé de crachin s'est effondré sur la tête de Christian Bouvier, frondeur certes, mais surtout bon Vivant, amateur de vins fins et de peinture abstraite.

 

La sentence est tombée début février. Le fauteur de troubles est inculpé «d'offense à la personne du roi» par le juge Guy Comeliau du parquet de Namur. Et doit se soumettre à une expertise psychiatrique, en vue de passer aux assises. Tous ses amis, une grande partie de sa famille de hobereaux de la Beauce namuroise l'ont lâché.

«Cette lettre ordurière ne peut être que l'acte d'un fou. Il faut l'enfermer» dit un fonctionnaire du ministère de la Justice. Pendant qu'au château de Laeken le service de presse du roi se refuse à toute déclaration.

 

Qui a voulu faire taire le bavard du barreau de Namur ? Le palais royal, la chancellerie ou bien tout simplement les robes noires du Conseil de l'Ordre wallon, bien décidées à se débarrasser de ce collègue indiscipliné et par trop réputé pour ses prises de bec avec l'administration régionale? On ne le saura probablement jamais.  Ni ce que pense «le roi triste» de ce sujet à la truculente insolence.

«C'est une gaffe, une maladresse que le gouvernement va probablement essayer d'étouffer», explique Jean-François Pacco, journaliste à "l'Avenir", le grand quotidien de tradition catholique et royaliste de Namur, «Christian Bouvier a touché à la personne du roi, transgressé un tabou inviolable de par la loi.  Ici on écrit au roi pour le plaindre, pour le féliciter, jamais pour l'insulter. D'accord, l'allocution de Noël était un peu gnangnan. Comme d'habitude. Mais imaginez que Baudouin prenne part au débat sur l'avortement qui divise actuellement le Parlement, son peuple ne comprendrait pas. Alors, il fait l'impasse.»

 

Et la presse, elle aussi, passe. Reclus sous la verrière du loft qu'il s'est aménagé dans le quartier, à bordels du vieux Namur, Christian Bouvier, le «cauchemar du barreau belge», comme le nomme l'hebdomadaire satirique «Pan», n'est pas si allumé qu'en haut lieu on aimerait le faire croire.

 

Même s'il passe son temps à commettre des impairs qui font jaser la bourgeoisie catholique, monarchiste et ultraconservatrice des rives de la Sambre. Comme de trimbaler les dossiers de ses clients dans des sacs en plastique de supérette sous les nobles lambris du parquet de Namur. De plaider systématiquement en faveur des mauvais payeurs, des victimes des compagnies d'assurances, de tous les empêcheurs de juger en rond.

 

Pis, d'assouvir des passions extrajudiciaires qui vont du mécénat artistique à la restauration quatre étoiles, en passant par la promotion immobilière. «C'est plus fort que moi, dit-il en voilant son regard de chien Droopy, je suis un hérétique. Je refuse de me laisser berner comme l'ensemble de mes compatriotes par "Point de vue-Images du monde", par l'image d'une monarchie rassurante. Le pouvoir non législatif est indéfendable sur le plan intellectuel.

 

Que peut représenter le roi potiche d'un pays d'opérette face aux grands chambardements qui menacent l'Europe ? Nous avons besoin d'un pasteur, d'un véritable homme d'Etat, sinon la Belgique sera rayée de la carte.

 

Christian Bouvier ne baissera pas sa garde. Il est persuadé que son procès sera celui de la royauté. A voir l'émotion que suscite son pamphlet libertaire, il n'a Peut-être pas tout à fait tort. Mais il risque de perdre sa robe. Il vient successivement de demander l'asile politique à François Mitterrand et une audience avec le roi Baudouin où il compte se rendre avec un entonnoir sur la tête.

 

Ça ne troublera pas l'immobilisme de base de ses compatriotes. Flamands et Wallons se sont mis d'accord, une fois pour toutes, en 1950, lors du référendum sur  « la question royale » pour conserver une monarchie constitutionnelle depuis 1831. Ils ne laisseront pas un vaurien de républicain réactiver un sujet définitivement proscrit de leurs chamailleries légendaires.

«Je ne suis pas un monarchiste convaincu», affirme le député socialiste Robert Denison, «mais entre nous, le roi ne dérange personne. Il faut faire avec. Si on devait élire aujourd'hui un président de la République, il serait quoi ? Flamand, bruxellois ou wallon ? Quel grabuge !»

Sylvie Véran - Le Nouvel observateur - notre époque 

 

Déjà à l'époque, un socialiste défendait la monarchie, comme ce bon Di Rupo le fait si souvent maintenant. Le socialisme a bien changé avec le temps par rapport ou Parti Ouvrier Belge. (ndlr).

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