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Le blogue de Georges Bleuhay le poète de Méry-sur-Ourthe

Un agenda tragique - MARDI 1er FÉVRIER 2011

9 Février 2018 , Rédigé par Georges Bleuhay Publié dans #Nouvelle

Quelle nuit ! Odette s’est plainte une bonne partie de la nuit à chaque mouvement qu’elle faisait. Je n’osais plus bouger du coup et pour éviter de la déranger, j’ai été m’allonger près de ma chienne sur le matelas d’une personne en mousse à même le sol au pied du lit où elle dormait habituellement. C’était dur pour mon dos, mais quel bonheur d’avoir ce corps chaud et poilu qui me donnait de temps à autre une grande lèche sur le visage. Du coup, j’ai pu m’assoupir un peu !

Tôt le matin, j’ai aidé ma femme à se lever péniblement. La pauvre, elle tient à peine debout. Descendre l’escalier nous semble une opération insurmontable. Marche par marche, elle se tenant à la rampe et moi devant elle, en marche arrière, pour lui faire face et mieux l’aider. Cela me semble une éternité. Cela sera la dernière fois que nous utiliserons ensemble cet escalier que nous avons pratiqué tant de fois durant les vingt-cinq ans passés dans notre nid d’amour.

Dix heures, la tâche de faire de la place dans la salle de séjour pour le lit à installer m’a épuisé. Pousser la lourde table en chêne contre le buffet, le divan contre la commode, et le fauteuil dans un coin entre le grand meuble et la petite fenêtre.

Le camion de livraison de la mutuelle est arrivé et les deux livreurs ont installé le lit médicalisé. Mais qu’est-ce qui prend comme place ! Il barre l’accès à mon balcon et laisse juste un petit passage entre la cuisine et les escaliers. Le lit fait, j’y ai installé Odette. Magnifique, le dos peut se relever et il y a un crochet pour y suspendre les baxters et un perroquet, barre avec un étrier au-dessus d’elle qui l’aidera à changer de position. Elle fait face à la grande fenêtre vitrée qui donne une vue sur la rue et à la télévision. Malgré l’inquiétude qui me ronge, je me sens satisfait. Elle restera à la maison jusqu’au bout près de moi et de notre chienne jusqu’au bout. Je lui ai juré de ne pas appeler les secours quoiqu’il arrive pour ne pas être embarquée à nouveau dans la froideur des urgences de l’hôpital !

Quinze heures, le médecin vient de passer et a prescrit un baxter pour la réhydrater me dit-il et que l’infirmière que la mutuelle m’a accordée pour soins palliatifs viendra suivre régulièrement. Elle habite Esneux, m’a donné son numéro de téléphone et m’a dit être à son service même la nuit autant de fois que nécessaire. Cela me rassure. Enfin je me sens soutenu pour le dur combat qui s’annonce pour elle et pour moi. Mais le docteur m’a encore alarmé en me disant qu’elle était épuisée, qu’elle avait le cœur fatigué et que je devais être courageux. Comme s’il fallait du courage pour vivre cela. L’on ne sait rien faire et je n’ai pas de courage.

Elle a de plus en plus mal et je vois sur son pauvre visage, non seulement les tourments physiques qu’elle subit, mais aussi la peur confuse de ce que seront les jours à venir. Je me réfugie dans la cuisine pour pleurer en fermant la porte pour qu’elle n’entende pas les gros sanglots que je ne peux étouffer.

J’ai pris une décision. Désormais, je dormirai sur le divan deux personnes pour rester à son écoute. Trop petit pour moi, je dormirai ou essaierai de dormir en chien de fusil. Qu’importe. Comment me soucier de mon confort dans ces moments tragiques. J’attends demain avec appréhension. Comment va évoluer la situation, mais je sais au fond de moi qu’elle ne peut qu’empirer !

Georges Bleuhay - en attente de publication - Tous droits réservés

Photo gratuite de joseph_Berardi sur Pixabay

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