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Le blogue de Georges Bleuhay le poète de Méry-sur-Ourthe

Un agenda tragique - DIMANCHE 30 JANVIER 2011

7 Février 2018 , Rédigé par Georges Bleuhay Publié dans #Nouvelle

Une bien triste semaine se termine aujourd’hui et j’ai l’angoisse et la peur qui me taraudent le ventre. Ce vendredi, le médecin après l’auscultation de ma femme m’a pris à l’écart pour me dire que c’était la fin. À ce moment, j’ai revu le film de sa vie, et de la mienne, depuis le moment où l’on avait diagnostiqué un cancer du sein, au retour de merveilleuses vacances passées en Provence chez mes amis vignerons en août 2000. Une pâleur soudaine avait frappé son visage. Courageuse, elle avait accepté l’ablation complète du sein et de sa chaîne ganglionnaire. Cette opération avait changé ma femme, elle vivait dans une crainte continuelle d’une récidive et a dû un traitement anti hormonal qui lui donnait des nausées continuelles, des maux de tête et cela pendant 5 longues années. Ce fut une délivrance quand le cancérologue interrompit ce lors traitement journalier en lui disant que le danger était passé. Bien qu’elle fût rassurée, elle avait perdu mentalement sa féminité et se sentait physiquement amputée.

Et la vie reprit, presque comme avant pour moi et pour elle, deux années de paix, moi plongé dans mes occupations sociales et elle profitant de longues promenades dans les bois environnants avec notre chienne malinoise Frida qui veillait avec amour sur elle.

En mai 2007, elle se plaignit brusquement de douleurs dans les côtes. Après une série d’examens, l’on constata qu’elle avait des métastases dans les os. Et là commença le calvaire dont j’entrevois la fin aujourd’hui. D’abord de longues séances de chimiothérapie deux fois la semaine en hôpital de jour l’épuisant physiquement et moralement. Je la voyais dépérir comme une fleur privée de sève. Etant à la retraite, je pouvais désormais l’accompagner dans sa vie de souffrance et plus elle était mal et plus je l’aimais. Je la conduisais à ces séances de torture, car à force de lui faire des prises de sang et de lui injecter lentement, longuement le contenu des baxters, ses veines se durcissaient et devenu difficile à trouver, surtout que l’on ne pouvait pas lui faire cela dans le bras droit du fait de l’ablation de la chaîne ganglionnaire et du risque d’attraper le « gros bras ».

Dans un premier temps, je la soutenais pour marcher péniblement dans ces longs couloirs d’usine hospitalière, puis vint le temps du fauteuil roulant. Il fallait d’abord arrêter ma voiture devant l’entrée de l’hôpital, chercher un fauteuil pas toujours facile à trouver, abandonner ma femme dans un couloir plein de courant d’air pour aller garer mon véhicule, revenir en courant, la conduire à la salle de soins et passer pratiquement toute la journée à ses côtés. Le soir, c’était le même trajet dans les mêmes conditions, mais à l’envers.

En août 2010, l’oncologue décela des métastases dans la moelle épinière et ma femme décida d’arrêter le traitement encore plus lourd et n’offrant pratiquement de chance de stopper la maladie.

Nous prîmes alors deux semaines de vacances, les dernières que nous allions connaître ensemble. Nous allâmes jusqu’à Sarlat en Dordogne par petites étapes et rien que par des routes départementales pour ménager ses forces. Il me semble aujourd’hui que le ciel nous a offert un dernier cadeau, elle riait, mangeait en petites quantité certes avec plaisir. L’on aurait dit que la vie lui revenait.

Hélas, la trêve fut de courte durée, dès la rentrée l’on dut lui faire des transfusions sanguines et de plaquettes deux fois par semaine. Puis vint le terrible Noël avec des amoncellements de neige et beaucoup de routes inaccessibles. Quand la veille, je la conduisis à l’hôpital pour ses soins, j’accidentai ma voiture en glissant dans la rue en pente en quittant la maison. Il fut impossible de la ramener chez nous. Aussi je rentrai seul et nous passâmes ce dernier Noël séparé, elle en salle d’oncologie et moi seul dans ce nid d’amour pour la première fois. J’ai un souvenir qui me met les larmes aux yeux, c’est la compassion et la gentillesse d’Éric Demblond et de sa compagne Karine de m’inviter ce soir-là à partager leur repas de fête en compagnie de se parents. Mais comment accepter une telle invitation ? Comme je l’ai refusée, une demi-heure après, Karine venait frapper à ma porte pour m’apporter le repas prévu.

Deux jours après je tentai de rapatrier ma femme, mais la seul service ambulancier à accepter cette mission fut Detheux. Hélas, l’ambulance ne put monter le raidillon qui conduit chez moi et je vis ma femme faire les cinquante derniers mètres à pied, en pantoufles soutenues par les deux brancardiers. À peine installée dans le fauteuil, elle m’avait dit vouloir mourir et me fit jurer que je ne la laisserai plus partir pour l’hôpital, urgence ou non. Ce que je fis et me voici ce dimanche avec l’horrible attente d’une mort certaine. Qu’allons-nous faire ? Elle pleure depuis hier et moi aussi. Est-il possible de vivre des moments pareils ? Je regrette presque d’être athée. Je ne sais prier personne et ne peux croire aux miracles. Ah si elle pouvait encore rester près de moi quelques semaines. Mais c’est un sentiment égoïste, elle souffre et je ne pense qu’au bonheur d’être encore à ses côtés. Dieu que je l’ai aimé cette femme et comme je l’aime encore. Ce n’est pas possible de la perdre.

 

 

Georges Bleuhay - écrit en attente de publication - Tous droits réservés

Photo gratuite de neja5 sur Pixabay

 

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