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Le blogue de Georges Bleuhay le poète de Méry-sur-Ourthe

Entretiens imaginaires avec Georges Bleuhay Entretien du 27 août 2014

27 Août 2014 , Rédigé par René G. Thirion

Monsieur X
Georges Bleuhay, dans notre précédent entretien, vous me parliez de l’intensité de vos émois qui dominaient votre esprit et votre âme malgré votre âge qui devrait vous apporter une sérénité dans votre expression poétique. Pourtant, j’ai trouvé dans votre recueil un poème « Noël » qui témoigne d’un esprit apaisé. À vous lire, je ne vous trouve pas tellement chrétien ?

Georges Bleuhay
Je vous avoue que je ne crois pas en dieu sinon comme l’expression d’une folle espérance de l’être humain démuni par rapport à la nature toute puissante qui décide de son sort par l’accident, la maladie et finalement la mort, ce qui lui permet de penser que demain encore il existera quoi qu’il lui arrive. En réalité, je suis athée bien que j’ai eu une enfance catholique, mais il est vrai qu’avec l’âge l’on se rend compte que Saint Nicolas n’existe pas et qu’à voir toute l’horreur et la barbarie du monde dans lequel nous vivons, l’on se dit qu’aucun dieu n’aurait pu créer cela. Peut-être le diable, allez savoir ?

Monsieur X
Et pourtant l’on sent dans ce poème comme une âme enfantine éblouie par le miracle de la naissance de Jésus. Ne vous faites-vous pas plus insensible que vous ne l’êtes ?

G.B.
D’abord, je ne cite pas Jésus, mais l’enfant qui vient de naître et qui porte l’espoir d’une vie qui s’éveille à lui. Je ne suis pas insensible au désir de bonté que la nuit de Noël arrive à créer autour de cette phrase admirable « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Et durant cette nuit magique, les occidentaux, vous voyez mon esprit identitaire se manifeste à nouveau, chrétiens et athées se mettent à rêver à un monde meilleur où la paix et l’amour envahiraient le cœur de tout homme. C’est pour cela, bien qu’étant sans dieu, je défend avec passion la Chrétienté, source de l’évolution de notre civilisation. Il faut avouer que j’aime aussi le paganisme de nos ancêtres qu’ils soient Grecs, Romains, Celtes ou Germaniques, car j’estime qu’il exprimait les mêmes attentes et qu’il a inspiré une bonne partie de la religion chrétienne. Vous remarquerez que le poème se termine par ce quatrain :
« Le solstice d’hiver confirme,
Qu’après la nuit la plus sombre,
Une nouvelle vie s’affirme
Et surgira de la pénombre ! »

Monsieur X
Vous êtes difficile à cerner. Est-ce un des résultats de votre éducation ?

G.B. Oui, mais pas tout à fait. Si j’ai pu avoir les yeux tournés vers le ciel en mon enfance, ce fut par l’enseignement de l’école catholique que j’ai fréquentée, mais aussi par la lecture d’ouvrages comme l’Illiade et l’Odyssée. Bien vite, Zeus, Apollon et même Odin devinrent les dieux que je préférais, car ils représentaient la nature où je m’évadais dès que la classe était terminée et m’expliquaient bien mieux ce qu’était l’homme avec se défauts et ses qualités. L’homme qui ne portait aucun péché en lui à la naissance. Puis vint l’époque de la raison, la découverte de l’existentialisme. C’est Kierkegaard qui m’a fait comprendre ce qu’était un poète et me l’a rendu séduisant à mes yeux. « Qu’est-ce qu’un poète? » disait-il « Un homme malheureux qui cache en son cœur de profonds tourments, mais dont les lèvres sont ainsi disposées que le soupir et le cri, en s’y répandant, produisent d’harmonieux accents. Il en est de lui comme des infortunés torturés à petit feu dans les flancs de Phalaris : leurs cris ne parviennent pas aux oreilles du tyran dans un hurlement d’épouvante; il les percevait comme une douce musique »

Cela m’a rendu accroc aux poètes et J’ai saisi que c’est dans la douleur et la passion qu’ils exprimaient la réalité de la vie par exemple Alfred de Musset dans la Nuit de Mai :

« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir, retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lent une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte;
En vain il a des mers fouillé la profondeur;
L'océan était vide et la plage déserte;
Pour toute nourriture il apporte son cœur.
Sombre et silencieux, étendu sur la pierre,
Partageant à ses fils ses entrailles de père,
Dans son amour sublime, il berce sa douleur;
Et, regardant couler sa sanglante mamelle,
Sur son festin de mort, il s'affaisse et chancelle,
Ivre de volupté, de tendresse et d'horreur.
Mais parfois, au milieu du divin sacrifice,
Fatigué de mourir dans un trop long supplice,
Il craint que ses enfants ne le laissent vivant;
Alors il se soulève, ouvre son aile au vent,
Et, se frappant le cœur avec un cri sauvage,
Il pousse dans la nuit un si funèbre adieu,
Que les oiseaux des mers désertent le rivage,
Et que le voyageur attardé sur la plage,
Sentant passer la mort se recommande à Dieu. »

Merveilleux vers qui m’ont marqué avec une expression que jamais je ne pourrai atteindre quoi que je ressente, quoique je souffre. Il a y a les grands et je suis un petit… mais ils sont quelque part mes parents spirituels à qui je dois tout !

Monsieur X
Nous voilà loin de ce poème, mais il nous a conduits à mieux vous connaître et j’en suis ravi. À un prochain entretien Georges et merci de vous dévoiler à notre curiosité.

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